Le télétravail est-il un progrès écologique ou un péril social ?

D’origine américaine, cité dans le Washington Post en 1972, théorisé par Norbert Wiener dans les années 50 et mis en oeuvre par Jack Nilles en 1975, le télétravail est une technique moderne d’organisation du travail qui consiste à réaliser son activité professionnelle à partir d’un lieu situé à l’extérieur de l’entreprise. Cet écart de 20 ans entre la théorie et la pratique s’explique par une révolution technologique des outils d’information et de communication et une transformation profonde des sociétés contemporaines.

Son succès actuel s’explique par l’urgence climatique et écologique qui impose une réduction de l’empreinte carbone et une économie des énergies fossiles.

En effet, cette méthode de travail supprime les déplacements professionnels et réduit les surfaces attribuées au travail dans l’entreprise.  

Néanmoins, le télétravail accentue les dangers d’atomisation de la société et risque de favoriser l’individualisme forcené et l’isolement des personnes et à terme la disparition du collectif.  

Le télétravail, emploi typique des sociétés post-industrielles.

Il se développe surtout dans les sociétés tertiarisées et post-industrielles. Ainsi, les pays nordiques et anglo-saxons sont à la pointe avec un taux variant de 18 à 30% de la population active alors que la France et les pays du sud ne dépassent pas les 10%.

Pour l’entreprise, les économies d’échelle et les gains de productivité sont indéniables : réduction des frais généraux et des dépenses, gains de temps et horaires flexibles, réduction du stress et une meilleure santé des salariés, réduction de l’absentéisme et des retards, intégration de salariés habituellement hors de portée (ruralité, handicap…). En effet, en mettant en avant le capital confiance au sein de l’entreprise, l’employeur favorise la productivité et l’autonomie de ses salariés.

De même, la RSE de l’entreprise est valorisée en investissant sur la réduction de l’empreinte carbone, l’image éco-responsable et le bien-être des salariés.

Pour le salarié, c’est la liberté de s’organiser comme il l’entend et d’intégrer la vie professionnelle dans la vie privée. Plus de garderie, plus de transport, des horaires plus souples et une présence constante dans la sphère privée permettant un renforcement du pouvoir d’achat, de la motivation et de l’investissement du salarié.

Néanmoins, ce système impose une grande rigueur, une autonomie et un sens des responsabilités à contre-courant de la tendance actuelle.

La dilution des responsabilités propres aux structures collectives ne s’appliquent pas ici, chacun est responsable de ce qu’il produit.  

Enfin, le gain pour la collectivité est indéniable : désengorgement des axes routiers et des transports en commun saturés, réorientation des plans d’urbanisme vers plus de logements et d’équipements collectifs et moins d’espace dédié au travail. Les coûts indirects liés à la sécurité sociale et à l’accidentologie diminuent également. Ainsi, l’ordonnance du 22 septembre 2017 relative à la prévisibilité et à la sécurisation des relations de travail privilégie le télétravail et assouplit ses conditions de mise en œuvre.

Le télétravail, péril individualiste et destructuration de la société ?

L’éloignement de l’équipe dirigeante et des collègues impose une rigueur et une discipline de fer pour assurer la gestion de son temps et l’organisation de son travail. L’autonomie mal gérée peut vite se transformer en solitude, en manque de dynamisme, en perte d’intérêt et de motivation.

De même, en cas de perte de contrôle, le risque que le travail empiète abusivement sur la vie privée et familiale est fort.

Il impose une régularité car l’interaction au sein d’une entreprise devient quasiment impossible en télétravail, la majeure partie des communications se faisant via Internet. Par conséquent, un suivi convenable des salariés par l’employeur et le rendu du travail par le salarié sont plus difficiles dans ce cadre qui impose de nouvelles procédures de management.  

Enfin, il faut pallier aux effets de la sédentarité découlant du télétravail en s’organisant des pauses nécessaires à la réflexion , au repos et à la condition physique.

Le télétravail se trouve à la croisée des chemins: il peut constituer un vrai progrès social ou aggraver les malheurs de notre temps en fonction de la réception qu’en feront les différents acteurs de l’entreprise. La balle est dans le camp de ceux qui cherchent à en faire usage…  

Le télétravail, dilution du collectif ou métamorphose sociale ?

Le télétravail est un enfant de son temps, il en porte les qualités et les défauts: une société où l’individu prime sur le groupe et où les droits individuels prennent le pas sur les libertés collectives. Cette méthode de travail risque d’aggraver la dilution du collectif  et de favoriser l’individualisme forcené, l’isolement des personnes autant dans leur vie privée, familiale et professionnelle et amplifier l’atomisation de la société.  

Néanmoins, ses qualités sont immenses dans le domaine de l’écologie et dans l’organisation de chacun. L’expérience et l’usage nous donneront plus de réponses et moins d’inquiétudes.

Misons sur l’avenir et espérons que les télétravailleurs n’oublieront pas qu’ils ne sont pas seulement des salariés mais des citoyens appartenant à un collectif qu’il faudra redéfinir.