Pour les libéraux, la tranparence et la concurrence sont des valeurs cardinales de l’économie de marché. Mais ces deux notions, sont-elles compatibles ? Ne constituent-elles pas un oxymore économique ?

La transparence et la concurrence, utopie ou réalité ?

Selon la théorie néo-classique, la transparence de l’information est l’un des piliers de la concurrence pure et parfaite qui est un objectif à atteindre et non une réalité économique.

Dès le 19e siècle, Léon Walras développait un modèle où tous les agents devaient avoir une connaissance complète de tous les facteurs significatifs du marché par une information en libre circulation.‌
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Dans la pratique, le 20e siècle aura contredit les théoriciens du 19e. L’essentiel de la production du droit économique et communautaire vise à réguler et temporiser les effets d’une concurrence très imparfaite (monopole, oligopole, entente, abus de position dominante…).

La révélation de scandales financiers, sanitaires et environnementaux a amené George Akerlof, prix Nobel en 2001, à travailler sur l’asymétrie de l’information et ses effets néfastes sur un marché. Après la crise économique de 2008, la transparence est devenue un facteur essentiel dans la construction de la confiance et dans le bon fonctionnement de l’économie.

La circulation de l’information et l’émergence d’une opinion publique internationale ont fait de la transparence un facteur essentiel de crédibilité et de légitimité d’une entreprise.‌ 
‌En France, elle est même devenue la Norme RSE ISO 26000 instaurée en 2010. Les start-up et les autoentreprises valorisent cette notion de transparence qui leur permet d’apporter les preuves de leur solvabilité, de leurs compétences et de leur crédibilité.

La concurrence, compatible avec la transparence ?

La concurrence est une compétition entre opérateurs économiques. Comme dans tout conflit, il y a des gagnants et des perdants, des campagnes à mener, des stratégies à élaborer, des comportements à anticiper, de l’hostilité à parer, etc.‌
‌ Dans ce contexte n’existe-t-il pas des informations sensibles à protéger ou des secrets à mettre à l’abri ? Si la réponse est positive, comment concilier cette idée avec le principe de transparence qui est l’incarnation de sa contradiction ?‌
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En effet, la transparence impose la disponibilité de l’information concernant l’entreprise sous tous ses aspects et auprès de tous. La transparence, c’est la libre consultation et l’appropriation par le public des informations concernant l’entreprise.‌
‌ Peut-on encore protéger ce qui est à la vue de tous ?‌
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Le principe de transparence dans l’entreprise, une valeur ajoutée ?

Pour correspondre à une réelle valeur ajoutée pour l’entreprise, la transparence en tant que principe directeur de bonne gouvernance de l’entreprise doit nécessairement être adaptée et complétée par d’autres principes de même nature.‌
‌ Ce n’est pas le cas de la concurrence qui est un concept qui se suffit à lui-même.

En effet, la transparence est un concept positif si elle est de facto associée à un autre concept opératif : actionnariat et intéressement des salariés, un traitement de l’information disponible par le biais des institutions représentatives du personnel (délégués du personnel, CHSCT, délégués syndicaux, etc.).

De même, une information accessible n’est pas nécessairement disponible ou compréhensible par le plus grand nombre. Elle demande une analyse préalable pour être claire et mobilisable.

Enfin, on ne peut nier qu’il existe des informations sensibles qui, à disposition de la concurrence, ne peuvent que nuire à une entreprise surtout si elle est en phase de développement : taux de marge, secret de fabrication, catalogue références fournisseurs, brevets, projets de fusion-acquisition…


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‌La question du moment de la diffusion de l’information est également fondamentale. La transparence doit être accompagnée d’une temporalité choisie dans la disponibilité de l’information afin d’éviter que transparence rime avec défaillance.

C’est ici que réside la difficile articulation entre transparence et concurrence. Cette dernière, qui de Montesquieu à Hayek est source d’innovations et d’équité économique, est un concept simple et primitif : que le meilleur gagne ! Il suffit de l’existence d’un marché, d’une demande et d’une offre pour qu’elle existe. Elle ne peut être régulée que de l’extérieur d’elle-même par de nouveaux concepts opératifs comme la transparence pour éviter que la compétition ne devienne l’anarchie.

Pour conclure, le concept absolu et définitif de concurrence doit être modulé dans ses excès par des concepts relatifs et qui restent à définir dans leurs modalités comme la transparence.